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Bientôt des logements sans cuisine ?

On connaissait les inquiétants Dark Vador et dark web. Voici venue Dark Kitchen, société française de création de produits alimentaires livrés à domicile, lancée en 2018 et qui, selon certains, annonce la fin d’un usage essentiel de cette pièce de vie dans l’habitat dont le marché reste pourtant dynamique. Provoc, intox, ou nouvelle vision ?

 

Lancée en mai 2018, Dark Kitchen est une entreprise de création de plats livrés à domicile, née de l’expertise commune de Rémi Chabanas, qui a lancé Uber Eats en France, et de Jean Valfort, fondateur du groupe Farago (6 restaurants à Paris).

 

Culture Cuisine : Qu’est-ce qui a motivé la création de Dark Kitchen et où en est son développement aujourd’hui ?

Rémi Chabanas : « Lorsque je travaillais chez Uber Eats, j’avais constaté que la livraison de produits à domicile prenait une part de plus en plus importante dans les réflexes de consommation des Français. Jean Valfort m’avait expliqué à l’époque qu’il avait lancé un service de livraison à domicile dans ses restaurants à Paris, mais qu’il était difficile à mener de front avec la qualité de service dans ses établissements. C’est pourquoi nous nous sommes lancés en 2018, faisant de Dark Kitchen une activité à part entière à laquelle nous consacrons tout notre temps, Une levée de fonds auprès d’investisseurs croyant dans notre projet a permis de récolter un million d’euros. Aujourd’hui, nous comptons trois cuisines où sont réalisés nos plats et nous envisageons dans ouvrir trois autres d’ici juillet, à Paris d’abord puis dans les grandes villes de province. Je dois préciser que nous ne réalisons pas nous-mêmes la livraison, mais qu’elle est effectuée au travers de partenariats avec des entreprises spécialisées.

 

Culture Cuisine : Pourquoi avoir baptisé votre société Dark Kitchen, dont la connotation obscure pourrait avoir quelque chose d’inquiétant, surtout en matière d’alimentation ?   

Rémi Chabanas : En réalité, notre objectif n’est pas de communiquer forcément sur Dark Kitchen, mais sur nos marques Saint Burger, Mama Roll et Braise Braise  qui sont indépendantes. Nous avions choisi au départ le nom dark kitchen, car c’est ce qui désignait de manière générique l’activité de conception de plats devant être livrés à domicile, et que ce nom n’était pas déposé. Depuis, ce nom générique a d’ailleurs été remplacé par virtual kitchen.

 

Culture Cuisine : S’il est vrai que les gens qui résident et travaillent New York prennent souvent leurs petit déjeuner, déjeuner et dîner à l’extérieur, et que des programmes immobiliers n’y intègrent pas de cuisine dans les logements domestiques, votre pari n’est-il pas une gageure en France, pays de la gastronomie, où les mœurs sont différentes et où le marché de la cuisine équipée connaît une croissance chaque année ? De fait, votre système peut-il s’adapter à cette situation ?

Rémi Chabanas : Notre ambition n’est bien sûr pas de faire disparaître les cuisines des logements français. Nous comptons plutôt nous inscrire dans une vision à 20, 30 ou 40 ans. Celle-ci repose sur le constat qu’en milieu urbain, il est de plus en plus cher de se loger, Paris représentant l’acmé de cette évolution sociétale, avec un prix moyen à l’achat dépassant désormais 10 000 € le mètre carré. Les grandes surfaces habitables vont donc devenir chères et rares. Des choix et des arbitrages devront être faits en termes de répartition des différentes pièces. Certains préféreront avoir des séjours ou chambres plus grandes, et cela se fera forcément aux dépens des autres pièces, dont la cuisine (mais aussi la salle de bains). Dans les grandes villes américaines telles que New York, Los Angeles, San Francisco ou Chicago, on observe ainsi que la taille des cuisines a fortement diminué au cours des dernières années. Certes, on ne peut pas comparer les mœurs culinaires aux États-Unis et en France, mais dans notre pays, on s’aperçoit aussi que l’augmentation du coût des denrées alimentaires de qualité oblige à consacrer des budgets importants à l’organisation chez soi de repas familiaux ou amicaux. Nous ne prétendons donc pas révolutionner l’habitat des Français, mais accompagner une évolution en cours des usages dans notre pays. Si les émissions culinaires ont permis aux Français de mieux s’intéresser à la gastronomie, une étude récente a pourtant montré qu’entre 20 et 30 % d’entre eux cuisinent réellement au quotidien.

 

Culture Cuisine : De même, une autre étude vient de révéler que nos compatriotes ont davantage recours au snacking (en-cas pris rapidement au déjeuner ou au dîner), déjà bien développé outre-Atlantique. À l’autre bout de l’échelle en quelque sorte, depuis plusieurs années, on sait que dans les grands et cossus appartements parisiens, les vastes cuisines équipées et ultra modernes ne servent en réalité que peu souvent, c’est-à-dire lors de réceptions organisées par les propriétaires (parfois résidant ou voyageant plus souvent à l’étranger) et pour lesquelles les repas sont livrés par des traiteurs ou conçus sur place par des cuisiniers professionnels.  

Rémi Chabanas : En réalité, Dark Kitchen n’est pas incompatible avec le fait d’avoir une cuisine équipée. Nous proposons des plats difficiles à bien réaliser chez soi, en privilégiant la qualité de nos ingrédients, comme c’est le cas pour les burgers nécessitant une bonne viande de tradition bouchère, un pain spécial et des condiments particuliers. »

 

Propos recueillis par J.A

Visuel ci-dessus : Rémi Chabanas interviewé dans l’émission Good Morning Business sur BFMBusiness   

 



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